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Message du 04 Janvier 2006 à 13:59:10 |
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MON DOUZIEME MOIS
J'avais douze mois, ma soeur aussi. Un jour pas comme les autres est resté gravé dans ma mémoire.
Et pourtant, ce jour-là, rien ne m'était arrivé personnellement. Je n'étais que le témoin, l'observateur d'événements remarquables.
Le personnage principal de cette pièce en trois actes fut ma petite soeur.
Acte un : elle jette son dévolu sur un tiroir entrouvert de la commode, rapidement dégagé de son linge et recouvert d'un drap propre. Elle s'y installe de tout son long et contracte son ventre.
Acte deux : une boule gluante émerge d'entre ses cuisses. Elle lèche et sèche cette petite chose qui se met à s'agiter sous la langue. La même action se répète en moyenne toutes les demi-heures, jusqu'à ce que le tiroir soit empli des pépiements des chatons, qui attirent bien sûr mon attention.
Acte trois : je vais jeter un coup d'oeil à cette scène étrange qui me rappele vaguement quelque chose. Mais quoi ? Je comprends alors que je me souviens de ma propre naissance.
Quelle émotion : me voilà tonton ! Tout au long des deux mois qui suivirent, j'ai joué le papa adoptif pour cette marmaille qui me sautait sur le dos, me mordait la queue et courait dans tout les sens. Cette bande de blousons noirs me rappelait mon enfance.
J'avais un an à l'époque, ce qui est comparable à vint-cinq, trente ans pour un humain.
J'étais adulte, et la partie la plus mouvementée de mon existence était déjà de l'histoire ancienne.
Bruno MARCHAND
Ma vie de chat
Editions Delcourt
Epuisé
... avec ce chapitre s'achève la première année de la vie d'un chat et la lecture de ce livre, qui vous aura procuré, je l'espère, autant de plaisir quà moi !
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Message du 04 Janvier 2006 à 13:47:49 |
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MON ONZIEME MOIS
Ma vie à moi ne changeait pas beaucoup. Je passais mon temps à sauter de branche en branche, à me bagarrer, manger et dormir.
Par contre, ma pette soeur, elle, subissait une étrange métamorphose. Elle perdait ses courbes de jeune chatte pour s'emplir d'une rondeur bien particulière. La petite chatte si svelte et si souple devint boulotte, et cela un peu plus d'un mois après cette nuit d'été mémorable.
Finis les sauts sur le mobilier, les envols d'une armoire à l'autre ! Ma soeur se hissait péniblement sur le radiateur, se prélassait à même le sol, s'étendant de tout son long et se retournant brusquement pour se lécher le ventre, comme si... Comme si quelque chose bougeait en elle. Son sommeil devenait plus léger. Elle se réveillait brusquement, se tournait et se retournait, changeait de place. Elle mangeait plus souvent, et moi, bien sûr, je l'accompagnais devant notre assiette et je participais à ses repas gloutons.
Elle avait un comportement bizarre : elle appelait, miaulait son impatience et son incompréhension de la situation, cherchait à rentrer dans les armoires, dans les tiroirs. Et quand je voulais lui donner un coup de langue en guise de réconfort, elle me rendait un coup de patte.
Bref, elle était instable. Le pourquoi de tout cela me fut révélé quelques jours plus tard ...
Bruno MARCHAND
Ma vie de chat
Editions Delcourt
Epuisé
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Message du 27 Décembre 2005 à 12:54:11 |
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MON DIXIEME MOIS
Depuis quelque temps, la lumière disparaissait plus tôt et la température extérieure baissait; je me réfugiais sur les radiateurs qui, eux, étaient plus chauds qu'auparavant.
Un jour, je mis le nez à la chatière, il pleuvait une pluie bizarre. Les gouttes étaient grosses et blanches et tombaient si lentement qu'il me semblait que je pourrais les attraper.
Cette hypothèse fut testée sur le champ et, oui, je pouvais capturer ces gouttes-plumes-flocons de neige. L'herbe du jardin était toute blanche. Je m'enfonçais dans cette ouate qui me refroidissait le ventre. Je secouais mes pattes car cette neige se rassemblait en gros morceaux de glace entre mes coussinets. Mais ces glaçons ne voulaient pas partir et il me fallut les mordre à pleines dents pour leur faire entendre raison.
L'air était piquant, pour le nez et le poumon; le calme était étonnant comme si toute cette ouate étouffait le bruit de la ville. Je bondis sur cette nappe blanche qui gardait l'empreinte de mes pas, de mon corps, je sautais après les flocons, culbutais dans la neige, m'accrochais à l'écorce glissante des arbres, me grisais de cette expérience nouvelle.
Je me suis rapidement retrouvé tout mouillé et frigorifié. Frissonnant, je rentrai dans la maison, laissant sur mon passage des empreintes d'humidité et je me réfugiais sur le radiateur chaud où je fondis et m'assoupis.
Bruno MARCHAND
Ma vie de chat
Editions Delcourt
Epuisé
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Message du 27 Décembre 2005 à 12:43:55 |
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MON NEUVIEME MOIS
"Les vacances", disent les petits d'hommes. Pour moi, chat de la ville, c'est un emprisonnement de plusieurs heures dans une boîte ennuyeuse, et l'arrivée dans un paysage sans bruit.
Au détour d'un sentier, je vis une racine bizarre, enroulée sur elle-même. Je m'approchais, la racine souffla. Ce bruit ressemblait vaguement au crachement d'un chat furieux. Cette chose vivait, s'enroulait et se déroulait et une tête, toute petite, me regardait, les yeux dans les yeux; une langue serpentait entre ses mâchoires, une drôle de petite langue fine et fourchue.
Je fis un bond et j'atterris sur la queue du serpent ! J'étais rapide, mais c'était bien la première fois que je tombais sur quelqu'un de plus rapide que moi; le serpent me mordit à la patte, à peine; une douleur d'aiguille; je m'enfuis.
Une fois guéri, je repris mes explorations.
Je me faufilais, le corps au ras du sol. Un objet muni de deux yeux sortit de la pierre. Une tête ! La pierre-tortue bougea lourdement. Je m'approchais, lui donnai un coup de pattes griffes rétractées, juste pour tâter. C'était dur. La tête de tortue siffla et disparut, comme par enchantement. Comme rien ne bougeait, malgré mes coups de pattes répétés, je m'en allai, perplexe.
Bruno MARCHAND
Ma vie de chat
Editions Delcourt
Epuisé
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Message du 20 Décembre 2005 à 09:16:19 |
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MON HUITIEME MOIS
Moi, j'étais plus préoccupé de m'imposer dans le voisinage qu'à courir les jeunes chattes. Mais ma petite soeur, de son côté, se laissa guider par les hormones de la puberté. Elle disparut pendant deux jours et deux nuits. Oh, elle ne s'était pas perdue, bien au contraire ! Elle était restée près de la maison : ses chants tout proches en témoignaient.
Les matous du voisinage s'étaient dérangés en personne pour rencontrer cette jeune cantatrice inconnue.
Quant à moi, vu le nombre de chats bagarreurs dans le voisinage, j'avais fort à faire. Je sautais d'une échauffourée à l'autre, et je mentirais en affirmant que je sortis indemne de ces deux jours d'escarmouches.
J'eus l'occasion de voir ma soeur agir comme jamais je ne l'aurais imaginé auparavant. Elle était devenue une véritable furie avec nos congénères. Après l'accouplement, elle se jetait avec colère sur le matou qui prenait ses pattes à son cou. Puis, elle se roulait sur le sol, comme en extase, sans quitter de l'oeil ses pétendants.
C'est ainsi que comédie et tragédie se mêlèrent au cours de cette mémorable nuit d'été...
Bruno MARCHAND
Ma vie de chat
Editions Delcourt
Epuisé
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